Filière Dirigeables en Aquitaine, un mirage industriel aux frais du vivant

L’Autorité environnementale a émis par deux fois des réserves sur le projet porté par la Start-Up Flying Whales d’implantation à Laruscade, en Haute Gironde, d'une unité de construction de dirigeables destinés à assurer le fret de charges lourdes.

À l’occasion de l’enquête publique sur le projet de Zone d’Activités Économiques (ZAE) dédiée à la "Filière Dirigeables" à Laruscade, les Écologistes de Gironde expriment une opposition ferme et argumentée. Dans un avis détaillé, ils soulignent les nombreux risques et incohérences économiques, environnementales et sanitaires d’un projet qu’ils jugent à la fois démesuré, fragile et mal adapté aux enjeux actuels. 

Entre artificialisation de zones humides, incertitudes sur la viabilité économique du projet et consommation excessive de ressources naturelles, ce projet illustre selon eux une vision dépassée du développement. Les Écologistes appellent à l’abandon du projet tel qu’il est présenté et à l’ouverture d’un débat démocratique sur des alternatives réellement durables et compatibles avec les limites planétaires.

​Contribution à l’enquête publique sur le projet d’Aménagement d’une ZAE « Filière Dirigeables » à Laruscade

Les Écologistes de Gironde tiennent à exprimer un avis défavorable au projet de ZAE "Filière Dirigeables" à Laruscade, tel qu’il est présenté dans le dossier soumis à enquête publique. Ce projet suscite de nombreuses inquiétudes économiques, environnementales et sanitaires que nous exposons ci-dessous.

SUR LE PLAN ÉCONOMIQUE

Un risque financier considérable pour la région Nouvelle-Aquitaine

Le coût global de ce projet est extrêmement élevé et repose de manière disproportionnée (plus de 33% de participation) sur les financements publics. Pour la région, ce sont plus de 100 millions d’euros estimés à ce jour entre la ZAE, la participation au capital de la holding et la construction de l’usine. Alors que la collectivité peine déjà à maintenir des services publics essentiels dans une période de restriction budgétaire, le coût de ce projet pour les finances régionales est disproportionné. Les collectivités ne peuvent ni ne doivent servir de levier de financement à fonds perdus, dans une telle proportion pour un projet aussi fragile et incertain.

Des débouchés économiques flous et incertains pour un projet industriel encore à l’état expérimental

A un stade très expérimental, ce projet reste extrêmement vague quant à son modèle économique, ses clients et ses débouchés. Cette absence de visibilité sur la rentabilité réelle et les marchés visés affaiblit sa crédibilité et compromet l’intérêt de mobiliser des fonds publics massifs. Soit ce projet sera en concurrence avec le fret ferroviaire et c’est un non sens alors que celui-ci souffre cruellement de sous-investissement soit il est destiné à l’exploitation d’espaces pour l’instant inaccessibles et ce sont de nouvelles ponctions sur les ressources naturelles épargnées alors que la planète vit de plus en plus à crédit écologique.

SUR LE PLAN ENVIRONNEMENTAL

Un choix de site écologiquement inacceptable

L’Autorité environnementale a formulé deux avis défavorables consécutifs (notamment en octobre 2024), soulignant les insuffisances environnementales graves du projet. Ce site jouxtant deux sites Natura 2000 et jouant un rôle de corridor écologique pour plusieurs espèces protégées, est qualifié de « site particulièrement riche sur le plan écologique ». Ce sont, entre autres, 54 hectares de zones humides qui qui vont être artificialisés menaçant ainsi de destruction de nombreuses espèces animales protégées voir en danger d’extinction.

Face à ces destructions, la logique de compensation écologique fragmentaire et inefficace, est qualifiée par l’Autorité environnementale de « choix par défaut peu satisfaisant ». En effet, cette méthode de « rustines écologiques » est anachronique, alors que chaque mètre carré de sol naturel compte dans la lutte contre l’effondrement de la biodiversité et la lutte contre le dérèglement climatique.

Un bilan carbone partiel, contestable et une inadéquation face aux enjeux climatiques

Les bénéfices prétendus en matière de décarbonation ne sont ni clairs, ni démontrés. Le bilan carbone de Flying Whales est à ce jour très partiel et ne permet pas de mesurer sérieusement l’impact environnemental global du projet.  Le porteur parle d’innovation verte pourtant le dossier nous rappelle que cet hypothétique dirigeable embarquera 10 tonnes de kérosène

Le transport de marchandises doit impérativement être réorienté vers le rail, bien plus efficace et écologique. Le soutien public à un projet de dirigeables destinés à des usages marginaux va à contre-courant des objectifs climatiques. Ce projet incarne une forme de maladaptation au changement climatique, coûteuse et inefficace.

Des besoins en eau incompatibles avec les enjeux climatiques

Le besoin estimé de 60 tonnes d’eau par jour pour le lestage des dirigeables est un non-sens écologique. À ce jour, ni l’origine de l’eau, ni ses modalités d’acheminement, ni son impact sur les ressources locales n’ont été clarifiés. Dans un contexte de sécheresses récurrentes en Nouvelle-Aquitaine, cette consommation est totalement inadaptée.

SUR LE PLAN SANITAIRE

Un risque lié aux nuisances sonores

Les prévisions fournies indiquent un dépassement des seuils de nuisance sonore autorisés, notamment lors des vols d'essais et opérations au sol. Ce dépassement est préjudiciable à la santé publique, particulièrement pour les riverains exposés de manière répétée. Rappelons que l’OMS identifie le bruit comme le second facteur environnemental le plus néfaste pour la santé en Europe (2018), confirmé par l’ADEME dans son rapport de 2021.

EN CONCLUSION

Le projet de ZAE "Filière Dirigeables" à Laruscade repose sur une vision dépassée du développement économique fondée sur la destruction des milieux naturels et sur des choix industriels hasardeux. Alors que le fret ferroviaire, qui manque cruellement d’investissements, reste la meilleure solution pour décarboner le transport de marchandises, ce projet utiliserait des fonds publics conséquents pour des résultats très incertains.Les Écologistes de Gironde émettent donc un avis défavorable, demandent l’abandon de ce projet dans sa forme actuelle et l’ouverture d’un véritable débat démocratique sur les alternatives viables, respectueuses du vivant, de l’intérêt général et des limites planétaires.

Les Écologistes Gironde